Les huit organisations syndicales représentatives de la fonction publique — CGT, FO, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP — appellent les agents des trois versants (État, territoriale, hospitalière) à une journée de grève et de manifestations le mardi 29 septembre 2026. L'appel, formalisé le 10 juillet après l'échec du rendez-vous salarial du 8 juillet, s'est confirmé mi-août et concerne potentiellement six millions d'agents publics.

Nous sommes à J-45, et c'est précisément la quinzaine où se signent les contrats de séminaire de rentrée. Le réflexe le plus répandu — « il y aura grève des transports, décalons » — est le mauvais, pour une raison simple : cet appel ne vise ni la SNCF, ni la RATP, ni vos prestataires privés. Ce qui bouge réellement, c'est le statut juridique de votre lieu, votre chaîne d'autorisations et votre taux de présence. Les trois se traitent maintenant, pas le 27 septembre.

Ce que dit exactement l'appel du 29 septembre

La séquence est documentée. Le 24 juin, sept organisations (CGT, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP) annoncent engager la préparation d'une mobilisation « intégrant la perspective d'une grève le 29 septembre prochain ». Le 8 juillet se tient le rendez-vous salarial avec le ministre chargé de la fonction publique : toutes les organisations quittent la table faute de mesure générale immédiate. Le 10 juillet, l'appel devient ferme et FO rejoint le mouvement, portant l'intersyndicale à huit organisations qui appellent « l'ensemble des agents publics à se mobiliser par la grève et les manifestations ».

Les revendications portent sur la valeur du point d'indice et son indexation sur l'inflation, la refonte des grilles indiciaires, le rétablissement de la garantie individuelle de pouvoir d'achat, l'abrogation du jour de carence et l'égalité salariale entre les femmes et les hommes. L'intersyndicale avance un chiffre pour justifier l'urgence : la bascule sous le SMIC du traitement de 862 000 agents publics. Elle reproche aussi aux annonces gouvernementales de viser principalement la fonction publique d'État, les agents territoriaux et hospitaliers étant « renvoyés aux négociations avec leurs employeurs ».

Un point de périmètre, souvent mal lu : il s'agit d'un appel de la fonction publique, et non d'une journée interprofessionnelle couvrant le secteur privé. Cette distinction commande tout le raisonnement qui suit.

« Tout savoir sur la grève à venir dans la fonction publique le 29 septembre 2026 » (NAUDRH COM) : rappel du cadre statutaire et des modalités de retenue sur traitement.

Ce qui ne change rien à votre séminaire

Commençons par ce qui ne bouge pas, parce que c'est là que se prennent les mauvaises décisions. La SNCF et la RATP ne sont pas dans le périmètre de cet appel : leurs salariés relèvent de statuts d'entreprise distincts, pas de la fonction publique, et aucune des huit organisations signataires ne les engage à ce titre. Cela ne préjuge évidemment pas de préavis propres à ces entreprises, qui se déposent généralement dans les jours précédant une journée nationale — c'est une vérification à faire à la mi-septembre, pas un motif pour renoncer aujourd'hui à un créneau. Le raisonnement vaut aussi pour vos choix de transport collectif : autocaristes et compagnies aériennes sont des entreprises privées, hors périmètre.

Vos prestataires ne sont pas davantage concernés. Hôtel, traiteur, agence, loueur de matériel, animateur, salle privée : aucun appel ne les vise. Un salarié du privé conserve son droit de grève individuel, mais l'exercer pour soutenir une revendication de la fonction publique reste marginal et ne relève d'aucun préavis déposé. Autrement dit, si votre séminaire se tient dans un lieu privé avec des prestataires privés, la journée du 29 septembre ne modifie en rien votre exploitation.

Le maillon qui bouge vraiment : le statut juridique de votre lieu

C'est le point que presque personne ne vérifie au moment de signer. Une part importante des lieux de séminaire en France est publique ou para-publique : palais des congrès exploités en régie municipale, EPIC ou société publique locale, centres de congrès en délégation de service public, musées et monuments, universités et grandes écoles, châteaux et domaines départementaux, salles municipales, amphithéâtres de collectivités. Dans ces cas, l'accueil, la régie technique, le gardiennage, la sécurité incendie et l'entretien sont assurés — totalement ou partiellement — par des agents publics. Ce n'est pas une question de taille du lieu, c'est une question de statut de l'exploitant, et elle figure rarement en gras sur la plaquette commerciale.

Là où le droit devient contre-intuitif, c'est sur le préavis. Le préavis de cinq jours francs est obligatoire pour les régions, les départements, les communes de plus de 10 000 habitants ainsi que pour les « établissements, entreprises ou organismes chargés de la gestion d'un service public » — donc pour un EPIC ou un délégataire exploitant un palais des congrès. En revanche, dans les communes de moins de 10 000 habitants, il n'existe aucune obligation de préavis pour les agents publics territoriaux, comme le rappelle la note du centre de gestion de la Haute-Savoie sur l'exercice du droit de grève. Le paradoxe est complet : le grand centre de congrès métropolitain vous préviendra cinq jours à l'avance, tandis que la petite salle communale d'un village de 3 000 habitants — exactement le type de lieu que l'on choisit pour un séminaire « au vert » — peut voir son personnel s'arrêter sans aucun préavis.

Statut de l'exploitantQui fait tourner le lieuPréavis obligatoire ?À demander par écrit maintenant
Régie directe, commune de plus de 10 000 habitants, département ou régionAgents de la fonction publique territorialeOui, 5 jours francsEngagement sur un effectif minimum d'exploitation et sur l'information dès réception du préavis
Salle ou domaine d'une commune de moins de 10 000 habitantsAgents territoriaux, effectif souvent réduitNonNom d'un référent joignable le jour J et solution de repli identifiée dès la signature
EPIC, société publique locale ou délégataire de service publicSalariés de droit privé et agents mis à dispositionOui, organisme chargé d'un service publicClause de continuité d'exploitation dans le contrat de location
Musée, monument, université ou grande écoleAgents de l'État ou d'établissement publicOui, préavis national suffisantConfirmation écrite de l'ouverture des espaces privatisés et des horaires d'accès technique
Hôtel, château privé, tiers-lieu ou espace événementiel privéSalariés de droit privéSans objetRien de spécifique : la journée du 29 septembre ne change pas votre exploitation

Cadre juridique : code général de la fonction publique et articles L. 2512-1 à L. 2512-5 du code du travail, synthèse des centres de gestion (2025). Le tableau décrit des obligations de préavis, non un pronostic de participation.

Une précision utile pour ne rien demander d'impossible à votre interlocuteur : l'obligation de déclaration individuelle 48 heures à l'avance ne s'applique pas partout. Elle vise uniquement les services listés à l'article L. 114-7 du code général de la fonction publique — collecte et traitement des déchets, transport public, aide aux personnes âgées et handicapées, accueil des enfants de moins de trois ans, activités périscolaires, restauration collective et scolaire — et seulement lorsqu'un accord de continuité a été négocié localement. Un service événementiel de centre de congrès n'y figure pas. N'attendez donc pas un décompte nominatif de grévistes à J-2 : ce que vous pouvez obtenir, en revanche, c'est un engagement écrit sur l'effectif d'exploitation minimum et sur un canal d'information dès le dépôt du préavis.

La chaîne d'autorisations : une journée d'instruction perdue

La leçon de la grève des sapeurs-pompiers du 13 août se répète à l'identique : dans un service public, ce qui s'interrompt un jour de grève n'est presque jamais la mission essentielle, c'est l'instruction administrative. Nous l'avions détaillé pour le dispositif prévisionnel de secours et les visites de sécurité ; le mécanisme est le même à l'échelle de toute la fonction publique. Préfecture, services de la mairie, secrétariat de commission de sécurité, arrêtés de voirie et d'occupation du domaine public, autorisation de débit de boissons temporaire, avis sur un dossier de sécurité ERP : autant de guichets qui, un mardi de mobilisation nationale, tournent au ralenti.

Une journée d'instruction perdue fin septembre n'est pas neutre, parce qu'elle tombe dans le mois le plus chargé de l'année événementielle. La parade tient en une ligne de rétroplanning : déposer les dossiers qui nécessitent un avis public avant la mi-septembre, et considérer la semaine du 28 septembre comme non instruite. Cela vaut pour les événements du 29, mais aussi — c'est l'erreur classique — pour ceux d'octobre dont le dossier serait déposé fin septembre.

Le vrai risque opérationnel : votre taux de présence

Un séminaire ne se joue pas sur la présence du personnel du lieu, il se joue sur celle des participants. Or le 29 septembre agit sur elle par un canal indirect et très efficace : l'école. Depuis la loi du 20 août 2008, un service minimum d'accueil doit être organisé dans les écoles maternelles et élémentaires en cas de grève des enseignants ; lorsque le nombre d'enseignants déclarés grévistes atteint ou dépasse 25 % des personnes exerçant des fonctions d'enseignement dans l'école, c'est à la commune, et non plus à l'État, d'organiser cet accueil, l'inspecteur d'académie transmettant les chiffres au maire. Traduction pour vous : des parents qui arbitrent tard, dans les 48 heures précédentes, et une jauge instable jusqu'au dernier moment.

Deux effets secondaires méritent d'être anticipés. Si votre séminaire réunit des clients, partenaires ou intervenants du secteur public — collectivités, hôpitaux, universités, agences d'État —, leur présence sera aléatoire ce jour-là, ce qui disqualifie la date pour un comité de pilotage mixte ou une convention client. Et si votre lieu se trouve en centre-ville, les cortèges intersyndicaux attendus dans les grandes villes compliqueront la dépose des autocars, l'accès des hôtels et la circulation aux abords ; les parcours et les arrêtés préfectoraux ne sont généralement publiés que quelques jours avant. Pour un format court en centre-ville, c'est le paramètre le plus coûteux.

Ce qu'il faut décider maintenant, à J-45

Les six décisions à prendre cette quinzaine

  1. Vérifier le statut de l'exploitant du lieu avant de signer : régie, EPIC, délégation ou privé. La question tient en une phrase par e-mail et détermine tout le reste.
  2. Déplacer d'office les formats à forte dépendance publique : convention réunissant des partenaires publics, remise de prix en mairie, événement dans un musée ou une université. Une date au 30 septembre ou au 1er octobre coûte moins cher qu'un plan B.
  3. Déposer avant la mi-septembre tout dossier nécessitant un avis de préfecture, de mairie ou de commission de sécurité, y compris pour des événements d'octobre.
  4. Obtenir par écrit un engagement d'effectif minimum d'exploitation et le nom d'un référent joignable, plutôt qu'un décompte de grévistes que personne n'est tenu de vous fournir.
  5. Prévoir une jauge élastique : confirmer les effectifs traiteur le plus tard possible dans les limites du contrat, et communiquer aux participants un rappel à J-3 plutôt qu'à J-10.
  6. Refaire le point le 22 septembre, quand seront connus les préavis sectoriels, les éventuels préavis des opérateurs de transport et les parcours de manifestation.

Reste la question contractuelle, si vous maintenez et que la journée tourne mal. La grève d'un tiers n'est pas automatiquement un cas de force majeure : elle est en général prévisible — c'est précisément l'objet du préavis — et donc difficile à opposer à un prestataire. Relisez vos clauses d'annulation et de report avant d'espérer un geste, et vérifiez ce que couvre réellement votre assurance événementielle : la garantie « grève » est le plus souvent une extension optionnelle, rarement incluse d'office. Enfin, si vous cherchez simplement à ne pas retomber sur une date piégée, notre calendrier des créneaux à éviter recense les autres points de friction de l'automne.

Questions fréquentes

Faut-il annuler un séminaire prévu le 29 septembre 2026 ?

Non, pas par principe. Si votre séminaire se tient dans un lieu privé avec des prestataires privés et des participants du secteur privé, l'appel de la fonction publique ne change rien à son exploitation. Le déplacement se justifie dans trois cas : lieu exploité par une collectivité ou un établissement public, dossier nécessitant un avis administratif dans la semaine, participants majoritairement issus du secteur public.

Les trains et les métros seront-ils touchés le 29 septembre ?

L'appel du 29 septembre émane des huit organisations de la fonction publique et vise les agents des trois versants. Les salariés de la SNCF et de la RATP relèvent de statuts d'entreprise distincts et ne sont pas engagés par cet appel. Des préavis propres à ces entreprises restent possibles : ils se déposent habituellement dans la semaine précédente, ce qui rend toute décision anticipée prématurée. La vérification utile se fait vers le 22 septembre.

Mon palais des congrès peut-il fermer sans me prévenir ?

Cela dépend de son exploitant. Pour une région, un département, une commune de plus de 10 000 habitants ou un organisme chargé de la gestion d'un service public, un préavis de cinq jours francs est obligatoire. Dans une commune de moins de 10 000 habitants, aucune obligation de préavis ne s'applique aux agents territoriaux : une salle municipale de village peut donc être affectée sans annonce préalable.

Puis-je exiger de connaître le nombre d'agents grévistes à l'avance ?

Non. La déclaration individuelle 48 heures avant ne concerne que les services énumérés à l'article L. 114-7 du code général de la fonction publique — déchets, transport public, aide aux personnes âgées et handicapées, petite enfance, périscolaire, restauration collective — et seulement là où un accord de continuité existe. Un service événementiel n'en fait pas partie. Demandez plutôt un engagement écrit sur l'effectif minimum d'exploitation.

Une grève annoncée constitue-t-elle un cas de force majeure ?

Rarement. La force majeure suppose un événement imprévisible, irrésistible et extérieur ; une grève annoncée par préavis plusieurs semaines à l'avance est par définition prévisible, ce qui affaiblit l'argument face à un prestataire. Les leviers réels sont contractuels — clause de report négociée à la signature — et assurantiels, la garantie « grève » étant le plus souvent une extension optionnelle des contrats d'annulation.

Sources :Déclaration intersyndicale Fonction publique, 24 juin 2026 (CGT) ; Appel intersyndical du 10 juillet 2026, huit organisations (UNSA Fonction publique) ; Reprise de la déclaration intersyndicale (FSU) ; « L'appel à la grève du 29 septembre se confirme », 12 août 2026 (Dijon Actualités) ; Note d'information sur l'exercice du droit de grève, CDG 74 (préavis de cinq jours francs, communes de moins de 10 000 habitants, déclaration 48 heures, service minimum d'accueil) ; Le droit de grève dans la fonction publique territoriale (CDG 85) ; Article L. 114-7 du code général de la fonction publique (Légifrance).