Les sapeurs-pompiers de France sont en grève ce jeudi 13 août. Le préavis, déposé le 7 août auprès du ministre de l'Intérieur par une intersyndicale réunissant neuf organisations, couvre toute la journée et concerne « tous les agents des SIS, quel que soit leur statut ou leur fonction : sapeurs-pompiers professionnels, personnels administratifs, techniques et spécialisés, du sapeur au contrôleur général », rapporte Zinfos974 à partir du communiqué intersyndical. Une conférence de presse nationale est prévue le jour même devant le ministère de l'Intérieur, place Beauvau. Trois revendications : un financement « pérenne, juste et ambitieux » des services d'incendie et de secours, le recrutement statutaire de sapeurs-pompiers professionnels, et une meilleure prise en compte de la santé et de la sécurité des agents.
La date n'est pas anodine, et c'est ce qui concerne directement les organisateurs d'événements : le mouvement tombe au pic de la cinquième canicule de l'été. Météo-France maintient 80 départements en vigilance orange pour ce jeudi et le centre national de prévision est formel — « l'épisode caniculaire se poursuit et atteint son pic pour les journées de jeudi et vendredi », cite Maritima. Autrement dit : le jour où les malaises liés à la chaleur sont statistiquement les plus nombreux sur les rassemblements est aussi le jour où les casernes fonctionnent en service minimum. Voici, factuellement, ce que cela change — et surtout ce que cela ne change pas — si vous tenez un séminaire, un afterwork ou une soirée d'équipe aujourd'hui.
Non, les secours ne s'arrêtent pas : service minimum et réquisition préfectorale
Première mise au point, parce qu'elle évite les décisions absurdes : l'appel d'urgence fonctionne normalement. Les sapeurs-pompiers disposent bien du droit de grève, mais son exercice est encadré par un dispositif de continuité que le juge administratif a consolidé au fil des années. Concrètement, le préfet et le président du conseil d'administration du SDIS arrêtent, à chaque préavis, un service minimum opérationnel qui garantit l'armement des engins et la réponse aux interventions. Le préfet dispose en outre du pouvoir de réquisitionner des agents grévistes, sous contrôle de proportionnalité, et le refus d'obtempérer expose à des sanctions pénales. L'intersyndicale elle-même le rappelle en creux dans son appel à la mobilisation : le mouvement vise à obtenir des moyens, pas à interrompre les secours.
Ce qui ralentit, en revanche, ce sont les fonctions support et administratives : les personnels administratifs, techniques et spécialisés (PATS) sont explicitement appelés à la grève, tout comme les officiers. Traduction pour un organisateur : les services de prévention des SDIS — ceux qui instruisent les dossiers de sécurité, rendent les avis sur les établissements recevant du public et siègent en commission de sécurité — tourneront au ralenti aujourd'hui. Si vous attendiez un avis, un passage de commission, une validation de configuration de salle ou une réponse à une demande de conseil pour un événement à venir, considérez la journée comme perdue et relancez vendredi.
Votre poste de secours n'est pas gréviste : le DPS ne dépend pas des pompiers
C'est le point que la plupart des organisateurs ignorent, et il est rassurant. Le dispositif prévisionnel de secours (DPS) — le poste de secours que vous mettez en place sur un événement à partir d'un certain niveau de risque — ne relève pas des SDIS. Il est confié exclusivement aux associations agréées de sécurité civile : Croix-Rouge française, Protection civile, Fédération française de sauvetage et de secourisme, Ordre de Malte, et les autres structures agréées. Le cadre est fixé par l'arrêté du 7 novembre 2006 portant référentiel national relatif aux dispositifs prévisionnels de secours et par l'article 36 de la loi du 13 août 2004 de modernisation de la sécurité civile, rappelle la préfecture de Seine-et-Marne. Vos secouristes, titulaires au minimum du PSE1, ne sont donc pas concernés par le préavis de grève des SIS.
Deux conséquences pratiques. D'abord, si votre événement du jour comporte un DPS conventionné, il tient : appelez simplement votre association agréée pour confirmer les effectifs, ce qui prend deux minutes. Ensuite, et c'est là que la grève compte vraiment, le dimensionnement d'un DPS repose réglementairement sur quatre critères — l'effectif pondéré du public, le comportement du public, l'accessibilité du site et le délai d'intervention des secours publics. C'est ce quatrième critère qui bouge aujourd'hui. Un poste de secours calibré au plus juste part du principe qu'un VSAV arrive vite en renfort ; si le délai s'allonge, votre équipe secouriste doit tenir plus longtemps seule. Sur un événement à forte affluence par 36 à 38 °C, cette marge n'est pas théorique.
| Maillon de la chaîne | Qui l'assure | Impact de la grève du 13/08 |
|---|---|---|
| Appel d'urgence (18/112) | CTA-CODIS du SDIS | Aucun — service minimum + réquisition possible |
| Poste de secours de l'événement (DPS) | Association agréée de sécurité civile | Aucun — hors périmètre du préavis SIS |
| Renfort VSAV / délai d'intervention | SDIS | Assuré, mais délais possiblement allongés (pic canicule + mobilisation) |
| Avis de prévention, commission de sécurité, visite ERP | Service prévention du SDIS (officiers, PATS) | Fort — journée à considérer comme perdue |
| Autorisation de manifestation, arrêtés | Mairie / préfecture | Indirect — instruction ralentie si avis SDIS attendu |
Lecture : répartition des rôles selon l'arrêté du 7 novembre 2006 et le référentiel national DPS ; périmètre du préavis selon le communiqué intersyndical du 7 août 2026. Le service minimum opérationnel est arrêté département par département : vérifiez auprès de votre SDIS pour un événement sensible.
Le vrai risque du jour : la chaleur, pas la grève
Il faut le dire clairement pour éviter la panique inutile : sur un séminaire de trente personnes en salle climatisée, la grève des pompiers n'a aucune incidence opérationnelle. Le facteur de risque réel de cette journée, c'est le thermomètre. Le pic de l'épisode est atteint aujourd'hui et vendredi, avec des maximales de 33 à 38 °C selon les régions et des minimales nocturnes qui ne descendent pas sous 19 à 26 °C — jusqu'à 25-27 °C au petit matin sur le littoral méditerranéen, ce qui empêche la récupération et fragilise les participants dès leur arrivée. Un vent de sud-ouest en rafales de 30 à 40 km/h n'apportera aucune fraîcheur, seulement une fausse impression de confort qui accélère la déshydratation.
La grève ajoute une couche : elle réduit la marge d'erreur. Ce qui, un jour ordinaire, se réglerait par un transport rapide vers les urgences demande aujourd'hui davantage d'autonomie de votre part. Les mesures ne changent pas de nature, elles changent d'exigence — eau disponible en continu et pas seulement aux pauses, zones d'ombre ou de fraîcheur identifiées à l'avance, temps forts déplacés hors du créneau 14 h-18 h, personnes sensibles connues du référent, et un binôme formé aux gestes de premiers secours désigné nommément plutôt que « quelqu'un doit savoir faire ». Le détail de cette grille figure dans notre guide complet des événements d'entreprise par forte chaleur et dans le rappel des obligations de l'employeur en vigilance canicule.
Le précédent de la semaine est éclairant : la Ville de Dax a annulé ou décalé une partie de son programme des 12 et 13 août et demandé un renforcement du dispositif de la Croix-Rouge dans ses arènes — exactement la logique décrite ici, appliquée à l'échelle d'un million de festayres. Nous en avons détaillé les nouveaux horaires hier.
Six réflexes pour un événement qui se tient aujourd'hui ou demain
- Appelez votre association agréée si vous avez un DPS : confirmez effectifs et horaires. Elle n'est pas en grève, mais elle peut être très sollicitée ce jeudi.
- Renforcez d'un cran plutôt que d'annuler. Un secouriste supplémentaire, un point d'eau de plus, une zone fraîche ouverte : c'est proportionné, contrairement à une annulation qui coûte et ne protège personne.
- Déplacez les temps forts hors du créneau 14 h-18 h pour tout ce qui se tient en extérieur ou en salle non climatisée. C'est la mesure la plus efficace, et la moins coûteuse.
- Désignez nommément un référent secours joignable en permanence, qui connaît l'adresse exacte du site, le point d'accès pompiers et la liste des participants présents. En cas d'appel au 18, ces trois informations font gagner de précieuses minutes.
- Repoussez toute démarche administrative auprès du service prévention du SDIS — avis, visite, commission de sécurité. Relancez vendredi ou lundi, avec une trace écrite de votre demande initiale.
- Vérifiez la vigilance du matin sur le site de Météo-France avant d'ouvrir les portes, et gardez un message d'ajustement prêt à partir vers vos participants en moins d'une heure.
Un mot sur le calendrier, enfin. Si l'événement peut glisser au week-end, sachez que le nord-ouest du pays entame une baisse progressive dès samedi tandis que la Provence restera sous la chaleur plus longtemps, l'air brûlant se décalant vers l'est. Le compromis « on décale de 48 heures » n'a donc pas la même valeur selon votre région — un arbitrage à intégrer dans votre plan B du jour J.
Pourquoi ce mouvement, et pourquoi il peut revenir
L'organisateur d'événements a intérêt à comprendre le fond du dossier, parce qu'il conditionne la suite. Le mouvement du 13 août n'est pas un coup d'éclat isolé : il clôt un été de tension continue sur la sécurité civile, marqué par une saison des feux d'une intensité exceptionnelle et par la mort de sapeurs-pompiers en service commandé. L'intersyndicale dénonce, dans son appel, « la surcharge opérationnelle, le manque d'effectifs et le délabrement des moyens », et refuse par avance « une énième mission visant uniquement à gagner du temps » — alors que le président du Sénat, l'Assemblée nationale et le ministère de l'Intérieur ont chacun annoncé leurs propres travaux d'évaluation.
Le communiqué annonce explicitement la suite : la journée du 13 août sera « le point de départ » d'un rapport de force, avec un rappel des « échéances professionnelles de décembre ». Pour un organisateur qui planifie un séminaire de fin d'année, un congrès ou un événement grand public à l'automne, cela signifie qu'un préavis en cours d'instruction de dossier n'est pas un scénario exotique. La parade est simple et vaut pour toutes les grèves de service public : déposer les dossiers de sécurité tôt, garder la trace horodatée de chaque démarche, et ne jamais faire dépendre un événement d'un avis administratif attendu la semaine précédente. Nos repères sur la sécurité, les jauges et la responsabilité en ERP détaillent les délais à respecter selon les configurations.
Questions fréquentes
Faut-il annuler un séminaire ou un événement d'entreprise à cause de la grève des pompiers du 13 août ?
Non, dans l'immense majorité des cas. Un service minimum opérationnel est arrêté par le préfet et le président du conseil d'administration du SDIS, et le préfet peut réquisitionner des agents : les secours restent assurés. La question pertinente n'est pas l'annulation mais le renforcement : un secouriste de plus, des temps forts déplacés hors de 14 h-18 h, un référent secours désigné. La canicule à son pic justifie ces mesures bien plus que la grève elle-même.
Mon poste de secours événementiel est-il concerné par le préavis ?
Non. Un dispositif prévisionnel de secours est assuré exclusivement par des associations agréées de sécurité civile (Croix-Rouge, Protection civile, FFSS, Ordre de Malte…), conformément à l'arrêté du 7 novembre 2006 et à l'article 36 de la loi du 13 août 2004. Ces secouristes ne sont pas des agents des SIS et ne sont donc pas couverts par le préavis. Un appel de confirmation à votre association reste recommandé.
À partir de quel seuil un DPS est-il obligatoire sur un événement d'entreprise ?
Il n'y a pas de seuil unique : l'obligation naît dès que l'analyse des risques révèle un danger potentiel pour les personnes présentes. Des repères indicatifs existent (à partir de 500 personnes pour certaines courses, 1 000 pour des concerts, systématiquement au-delà de 1 500 personnes), et le maire ou le préfet peut imposer un dispositif. Le dimensionnement dépend de quatre critères : effectif pondéré, comportement du public, accessibilité du site et délai d'intervention des secours publics.
Que faire si j'attendais un avis du service prévention du SDIS aujourd'hui ?
Considérez la journée comme perdue : les personnels administratifs, techniques et spécialisés ainsi que les officiers sont explicitement appelés à la grève, et les services de prévention tournent au ralenti. Relancez vendredi ou lundi en conservant une trace écrite horodatée de votre demande initiale : c'est cette trace qui protège votre calendrier si un avis tardif remet en cause une date.
Combien de départements sont en vigilance canicule ce jeudi 13 août 2026 ?
Météo-France place 80 départements en vigilance orange canicule pour la journée du jeudi 13 août, l'Oise et l'Aisne ayant été ajoutées par rapport à mercredi. La totalité du pays est en vigilance canicule à un niveau ou à un autre, et l'épisode atteint son pic jeudi et vendredi avant une baisse progressive par le nord-ouest à partir du week-end.
Sources :Zinfos974, « Les syndicats des sapeurs-pompiers appellent à une grève nationale le 13 août », 8 août 2026 (préavis déposé par neuf organisations, revendications, conférence de presse place Beauvau) ; CFDT-SDIS, appel à la mobilisation du 13 août 2026, publié le 9 août 2026 ; Maritima, « Canicule : 80 départements en vigilance orange… », 12 août 2026 à 18 h 40 (bulletin du centre national de prévision, températures) ; Préfecture de Seine-et-Marne, fiche « Dispositif prévisionnel de secours (DPS) » ; arrêté du 7 novembre 2006 fixant le référentiel national relatif aux dispositifs prévisionnels de secours (Légifrance) ; référentiel national des missions de sécurité civile — DPS (PDF) ; Météo-France, carte de vigilance. Le service minimum opérationnel étant arrêté département par département, vérifiez auprès de votre SDIS pour tout événement sensible.