L'autre jour, j'étais dans le TGV pour Lyon et j'ai surpris une conversation entre deux cadres. Ils parlaient de leur prochain séminaire. L'un d'eux disait, un peu blasé : « Encore un truc dans le Perche avec des bottes en caoutchouc et une séance de yoga à 7h du mat, j'en peux plus ». Ça m'a fait réfléchir. Est-ce qu'on n'est pas en train de saturer avec le concept du séminaire au vert ?
Franchement, j'adore la nature, mais quand je vois les briefs passer ces derniers mois sur guideseminaires.com, j'ai l'impression qu'on suit tous un script écrit par le même algorithme de bien-être. On déconnecte, on fait du team building avec des chèvres, on mange du bio local... Bon, c'est super sur le papier, mais si c'est pour se retrouver avec une équipe qui checke ses mails en cachette derrière une grange, quel est l'intérêt ?
Le piège de la déconnexion forcée
Le problème, c'est pas le lieu. C'est l'intention. On balance les gens au milieu de nulle part en espérant que la magie opère toute seule. Spoiler : ça ne marche pas comme ça. J'ai vu des séminaires en plein Paris être dix fois plus fédérateurs que des retraites dans le Larzac. Pourquoi ? Parce que le contenu tenait la route. On oublie trop souvent que le séminaire au vert doit servir un objectif clair, pas juste cocher la case « RSE et bien-être » pour faire plaisir à la com.
D'ailleurs, parlons-en de ce besoin de tout « verdir ». C'est devenu une injonction. Si ton séminaire n'est pas dans un éco-lodge avec toilettes sèches, t'as raté ta culture d'entreprise ? C'est n'importe quoi. Je préfère mille fois un événement simple, honnête, même dans un hôtel de zone industrielle s'il le faut, si derrière il y a une vraie volonté de discuter des vrais problèmes de la boîte. Les gens ne sont pas dupes, ils sentent quand on essaie de leur vendre du rêve pour compenser un quotidien difficile.
En gros, l'authenticité ne s'achète pas avec un forfait « rando et fromage de chèvre ». Du coup, je me demande si la prochaine tendance ne sera pas un retour au concret. Des séminaires urbains, hyper denses, où on bosse vraiment, mais avec une vraie intensité sociale le soir. Un truc un peu plus rock'n'roll, quoi. On n'est pas tous obligés de devenir des moines bouddhistes dès qu'on sort du bureau, non ?
Tiens, ça me rappelle cette fois où une agence avait organisé une « quête de vision » en forêt. Il pleuvait des cordes, tout le monde était trempé, l'ambiance était électrique au mauvais sens du terme. Finalement, on a fini dans un rade de village à boire des cafés-calva et c'est là qu'on a eu les meilleures idées de l'année. Comme quoi, l'imprévu et l'humain, ça battra toujours le meilleur des programmes ultra-léchés.
Alors, avant de réserver votre prochain gîte éco-responsable à trois heures de route, posez-vous la question : est-ce que vos équipes ont vraiment besoin de calme ou est-ce qu'elles ont juste besoin de se parler franchement ? Parfois, la réponse n'est pas dans le décor.