Mis à jour le 16 octobre 2026. Le 25 mars 2026, la chambre sociale de la Cour de cassation a rejeté le pourvoi d’un ancien chef d’agence qui reprochait à son employeur de ne pas l’avoir protégé contre les connexions professionnelles pendant ses arrêts maladie. Selon le compte rendu du cabinet Voltaire Avocats, les juges ont estimé que l’initiative personnelle et libre du salarié excluait tout manquement de l’employeur. Pour qui organise un séminaire, la leçon n’est pas « on peut laisser les équipes se connecter ». Elle est plus précise : ce qui compte, c’est l’absence de pression, et un séminaire fabrique facilement de la pression sans que personne ne l’ait voulu.
Réserve de méthode : la page de la décision sur le site de la Cour de cassation n’a pas pu être lue au moment de la rédaction (elle exige JavaScript). Les faits et la solution ci-dessous viennent de deux comptes rendus de cabinets d’avocats, qui concordent sur la date et le sens de l’arrêt. Faites relire le texte de la décision par votre conseil avant d’en tirer une règle interne. Cet article n’est pas un conseil juridique.
Ce que l’arrêt du 25 mars 2026 dit, et ce qu’il ne dit pas
Les faits, tels que rapportés : un chef d’agence, licencié pour inaptitude physique en 2020, soutenait que son employeur n’avait mis en place aucun dispositif de déconnexion et l’avait laissé traiter des dossiers pendant ses arrêts maladie (clôtures comptables, validation de contrats, arbitrage de primes). Il demandait des dommages et intérêts. La Cour a rejeté son pourvoi. D’après le même compte rendu, les juges relèvent qu’aucun élément ne prouvait l’obligation de traiter immédiatement les courriels reçus, dont beaucoup étaient des notifications automatiques, et que le salarié s’était connecté de façon ponctuelle et spontanée. Le commentaire du cabinet Kohen Avocats cite le pourvoi n° 24-21.098 et résume la solution ainsi : pour établir un manquement au droit à la déconnexion, il faut montrer que l’employeur a imposé une obligation de se connecter ou de répondre hors temps de travail.
Ce que l’arrêt ne dit pas, d’après ces mêmes comptes rendus : il ne supprime pas l’obligation de négocier ou de mettre en place des règles de déconnexion, et il ne couvre pas un employeur qui sollicite, même implicitement, ses équipes en dehors des heures de travail. Il porte en outre sur un salarié en arrêt maladie, cadre dirigeant. Transposer sa logique à un séminaire de trois jours est une extrapolation : aucune source consultée ne traite le cas d’un déplacement professionnel.
Le cadre légal en deux minutes
Le droit à la déconnexion figure à l’article L. 2242-17 du Code du travail, dans le bloc de la négociation annuelle sur l’égalité professionnelle et la qualité de vie au travail : les entreprises concernées doivent négocier les modalités du plein exercice de ce droit et les dispositifs de régulation de l’outil numérique. À défaut d’accord, l’employeur élabore une charte, après avis du comité social et économique. Ce texte organise des règles collectives. Il n’interdit pas, par lui-même, à un salarié de consulter sa messagerie. L’arrêt de mars 2026 rappelle surtout que la preuve d’une contrainte pèse sur celui qui invoque la violation.
Deux autres repères comptent pour un séminaire : le repos quotidien de 11 heures consécutives (article L. 3131-1) et le repos hebdomadaire de 24 heures auxquelles s’ajoutent les 11 heures de repos quotidien (articles L. 3132-2 et suivants). Un séminaire qui se termine à 1 h du matin avec un petit-déjeuner de travail à 7 h 30 pose une question de repos avant de poser une question de messagerie. Vérifiez ces points avec votre juriste, ils dépendent de la convention collective et du statut des participants.
| Moment | Source de pression typique | Réflexe à mettre en place |
|---|---|---|
| Trajet aller et retour | « Profitez du train pour avancer vos mails » | Dire explicitement que le trajet n’appelle aucune réponse |
| Soirée et dîner | Messages du manager dans le groupe de discussion de l’événement | Canal d’organisation limité à la logistique, silencieux après l’heure convenue |
| Pauses de la journée | Clients ou direction qui attendent une réponse | Créneau « mails » prévu au programme, ou référent qui absorbe les urgences |
| Lendemain d’un séminaire tardif | Réunion matinale maintenue | Horaire de reprise décalé pour respecter le repos |
Pourquoi un séminaire est un terrain à risque pour la déconnexion
Au bureau, la pression de connexion passe par des habitudes visibles : le manager qui écrit à 21 h, le client qui relance le dimanche. En séminaire, elle prend d’autres formes. Le programme est dense, la frontière entre temps de travail et temps libre est floue, et la hiérarchie dort dans le même hôtel que les équipes. Un message envoyé « pour info » à 22 h 30 dans le groupe de l’événement peut être lu comme une attente de réponse, même si son auteur n’en attendait aucune.
L’arrêt de mars 2026, tel que rapporté, protège l’employeur lorsque la connexion est libre et sans contrainte identifiable. Cela revient à dire que la charge de la preuve favorise celui qui a pris soin de ne rien exiger. Un organisateur prudent n’a donc aucun intérêt à compter sur le caractère « spontané » des connexions : il a intérêt à rendre l’absence d’exigence visible et vérifiable, par écrit, avant l’événement.
Cinq mesures concrètes pour un séminaire sans pression de connexion
1. Écrire la règle dans la convocation. Une phrase suffit : aucune réponse n’est attendue en dehors des plages du programme, et les urgences passent par un référent désigné. La trace écrite vaut plus qu’un discours d’ouverture.
2. Programmer les plages de connexion. Vingt à trente minutes en milieu de matinée et d’après-midi réduisent le réflexe de consulter le téléphone sous la table. Ce n’est pas une garantie, c’est une soupape.
3. Cadrer le groupe de discussion de l’événement. Réservez-le à la logistique (horaires, lieu de rendez-vous, changement de salle) et fixez une heure de fin de service. Les échanges de fond restent sur les canaux habituels, aux heures habituelles.
4. Désigner un référent d’urgence. Une personne, pas dix, absorbe les sollicitations clients ou direction pendant les ateliers. Le reste de l’équipe sait qui joindre et qui ne pas déranger.
5. Tenir les horaires de repos. Prévoyez un horaire de reprise réaliste après une soirée tardive. Pour les aspects de temps de travail, d’accident et d’alcool en séminaire, voir notre article séminaire d’entreprise et droit du travail.
Ce que cela change pour les formats hybrides et à distance
Les séminaires hybrides ajoutent une difficulté : une partie de l’équipe suit à distance depuis son poste, donc depuis ses outils professionnels, avec la tentation de traiter les mails en parallèle. Fixer des règles d’attention (caméra, messagerie fermée pendant les temps forts) relève alors autant de la qualité de l’événement que de la déconnexion. Nos guides sur le séminaire hybride et sur le team building d’équipes en télétravail détaillent ces formats. Sur la tendance de fond, voir aussi le retour du brut et de la déconnexion dans les séminaires 2026.
Ce qu’il faut retenir avant votre prochain séminaire
L’arrêt du 25 mars 2026, tel que rapporté par deux cabinets, ne donne pas carte blanche : il rappelle qu’un manquement se prouve par une contrainte identifiable. Pour un organisateur, la bonne réponse consiste à ne créer aucune contrainte et à pouvoir le démontrer. Une consigne écrite, un référent d’urgence et un groupe de discussion cadré coûtent peu et évitent l’essentiel des litiges possibles. Avant de figer vos règles internes, lisez la décision elle-même et faites-la relire par votre conseil.
Questions fréquentes
Un salarié peut-il se connecter pendant un séminaire sans que l’employeur soit en faute ?
D’après l’arrêt du 25 mars 2026 tel que rapporté, une connexion libre et ponctuelle, sans contrainte identifiable, n’établit pas un manquement de l’employeur. Si la connexion résulte d’une demande, même implicite, la situation change.
L’employeur doit-il avoir une charte de déconnexion ?
L’article L. 2242-17 du Code du travail prévoit une négociation sur le sujet pour les entreprises concernées, et, à défaut d’accord, une charte après avis du CSE. Les obligations exactes dépendent de la taille de l’entreprise et de sa situation de négociation.
Le temps de trajet vers un séminaire est-il du temps de travail ?
La réponse dépend de la situation et de la convention collective. Le Code du travail traite à part le temps de déplacement professionnel (article L. 3121-4), avec une éventuelle contrepartie. Demandez l’avis de votre juriste.
Un groupe WhatsApp d’événement est-il un risque ?
Il le devient si les messages attendent une réponse ou si les consignes de travail y circulent le soir. Limiter le groupe à la logistique et fixer une heure de fin de service réduit le risque.
Faut-il interdire les téléphones en séminaire ?
Une interdiction générale est rarement tenable. Des plages de connexion prévues au programme et un référent d’urgence sont plus réalistes et plus faciles à faire respecter.
Sources : compte rendu du cabinet Voltaire Avocats ; commentaire du cabinet Kohen Avocats ; fiche de la décision sur le site de la Cour de cassation ; article L. 2242-17 du Code du travail.